
L’arrivée de l’ex-évêque Jean-Michel di Falco aux funérailles d’Alain Delon,à Douchy,dans le Loiret,le 24 août 2024. GUILLAUME SOUVANT/AFP Condamné jeudi 26 mars au civil à dédommager un homme l’accusant de viols et d’agressions sexuelles dans les années 1970,l’ex-évêque Jean-Michel di Falco réaffirme sa « parfaite innocence,sa totale rectitude ». Selon une décision de la cour d’appel de Paris,consultée par l’Agence France-Presse (AFP),ce dernier a été condamné à payer près de 200 000 euros à Pierre-Jean Pagès.
M. Pagès accuse Jean-Michel di Falco de violences sexuelles à l’époque où celui-ci était prêtre et directeur du collège Saint-Thomas d’Aquin,à Paris,entre 1972 et 1975,des faits prescrits au pénal. « Il résulte ainsi des éléments du débat qu’un comportement fautif de M. di Falco,de nature sexuelle,a causé à M. Pagès un dommage corporel,qui l’oblige à réparation »,a estimé dans son arrêt la cour d’appel,au terme d’un long chemin procédural qui avait vu le demandeur jusqu’ici débouté de ses demandes.
Ce revirement intervient au terme de près d’un quart de siècle de feuilleton judiciaire,la première plainte au pénal contre l’évêque dans cette affaire remontant à 2001. La justice avait jusqu’ici rejeté toutes les demandes et plaintes de Pierre-Jean Pagès,65 ans aujourd’hui.
« Le mal-être de l’intéressé adulte,sa souffrance psychologique,son incapacité à s’engager dans une relation stable et durable,et sa sexualité confuse et sans plaisir,évoqués par les psychologues ou ses anciennes compagnes,confirment plus avant ce traumatisme vécu dans l’enfance ou la jeune adolescence »,écrivent les magistrats dans leur décision.
Jean-Michel di Falco a été l’une des figures les plus médiatiques de l’Eglise de France,notamment en tant que porte-parole de la CEF (1987-1996),puis évêque auxiliaire de Paris (1997-2003),avant d’être évêque de Gap et d’Embrun (2003-2017).
L’évêque émérite de 84 ans « se dit extrêmement choqué » que la cour d’appel de Paris déduise « de l’aide morale et psychologique apportée par Jean-Michel di Falco à un garçon orphelin,qu’il a aidé et soutenu »,qu’elle « puisse être anormale ou inappropriée »,a déclaré dans un message à l’AFP son avocat,Me Olivier Baratelli.
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« Comment une décision peut-elle,cinquante-quatre ans plus tard,être aussi péremptoire ? »,a-t-il dénoncé en invoquant « l’absence de tout indice et de toute preuve matérielle ».
Pour sa part,l’avocat de M. Pagès,Me Jean-Baptiste Moquet,a exprimé à l’AFP son « profond soulagement de voir enfin aboutir [le dossier] après tant d’obstacles et de résistances diverses et variées,institutionnelles,de l’Eglise,de la justice ».
Or dans sa nouvelle décision rendue jeudi,la cour d’appel de Paris a considéré que l’action civile de M. Pagès n’était finalement pas prescrite. La juridiction d’appel a retenu l’année 2009,au cours de laquelle le demandeur s’est engagé dans une troupe de théâtre au terme de vingt ans de thérapie,comme année de « consolidation » du dommage,qui marque par là le début du délai de la prescription.
L’ancien évêque auxiliaire de Paris est notamment condamné à verser 10 000 euros en réparation du préjudice sexuel,70 000 euros au titre de l’incidence professionnelle et 81 392 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire.
Après des décennies de non-dits sur les affaires de violences sexuelles commises par des membres du clergé français,la parole s’est libérée ces dernières années dans des dossiers de ce type. Un total de près de 1 800 victimes de pédocriminalité dans l’Eglise ont saisi l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation,dispositif créé en 2021 et arrivant à échéance à l’été,a annoncé lundi cette structure.
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